Interview de Dany Boon
par Isabelle ELLENDER pour La Voix Du Nord
(Mercredi 13 mars 1996)

Comme Raymond Devos, il est Ch’timi. Comme Line Renaud, il est d’Armentières. Dany Boon a explosé à Paris en 1993 et il ne cesse d’ajouter de nouvelles dates à sa tournée. Virevoltant, pantin désarticulé, bombe textuelle et gestuelle qui raille les bœufs, les beaufs, ce nouveau Monsieur 100 000 volts de la scène comique sait prendre un accent du Nord plus vrai que nature dont raffole le public de notre région ! Il reviendra le 9 novembre 1996 au théâtre Sébastopol, à Lille. Nous l’avons rencontré, lors de son passage au Colisée de Roubaix. Après avoir attendu que toutes ses vieilles connaissances resurgies pour un soir en aient terminé avec la nouvelle coqueluche du comique.


Isabelle Ellender : Ce public debout pour t’acclamer à chaque fin de spectacle, est-ce que tu t’y es déjà habitué ?

Dany Boon : Tu ne peux pas t’habituer à ça. Tous les jours, je me prépare pour le spectacle, et le résultat c’est cette communication exceptionnelle avec le public. Les beignes, même si t’en prends tous les jours, ça continue à te faire aussi mal. Le succès, c’est pareil : ça me fait toujours autant de bien.

Isabelle Ellender : Tu te sens encore Ch’ti ou plutôt parisien ?

Dany Boon : Quand je suis arrivé à Paris, je venais d’un milieu ouvrier, et cette ville m’a paru énorme, très froide. J’ai connu un an de galère, à habiter chez un copain, puis une copine, et dans un 10 m² à Pigalle. Je me demandais «  qu’est-ce que je fous là ? » et je me disais que j’allais rentrer… J’ai arrêté de travailler dans le dessin animé pour me foutre en péril, m’obliger à écrire. Petit à petit, tu te crées une famille. Et quand t’es connu, les gens sont plus gentils avec toi ! Je retrouve une certaine chaleur. En fait, dès que j’ai commencé à faire du café-théâtre, j’ai été heureux car j’ai toujours aimé raconter des histoires. Maintenant, je remplis des salles plus grandes et j’ai plus confiance en moi.

Isabelle Ellender : Tu te moques beaucoup des gens simples, voire simplets…

Dany Boon : Ce sont seulement des gens différents de toi, qui pensent que toi, tu es débile ! J’ai beaucoup de tendresse pour mes personnages. J’aime faire rire avec des choses graves, comme la déprime ou le suicide. C’est possible grâce au mime, ça démythifie les choses. Je me moque des gens qui sont méchants par ignorance, comme le père qui rend visite à l’assistante sociale. Les gens ne m’en veulent pas. La preuve : quelqu’un est venu me dire, un jour, que le déprimé, c’était tout à fait lui, et que le sketch l’avait bien fait rire.

Isabelle Ellender : Envisages-tu, comme d’autres comiques, de faire sur une scène une revue de presse ?

Dany Boon : Non, ça ne m’intéresse pas. En fait, je suis imitateur de gens pas connus.

Isabelle Ellender : Dans un sketch, tu sembles plutôt antimilitariste…

Dany Boon : Je me suis fait réformé. Je ne voulais surtout pas aller à l’armée. Un militaire, c’est fait pour tuer d’autres gens, c’est bizarre, comme idée ! Mais l’idée du sketch, de ce militaire qui veut qu’on l’aime, m’est venue d’un reportage sur l’auteur de l’attentat du Petit-Clamart. Il voulait tuer par fierté. En fait, il parlait d’amour, de passion…

Isabelle Ellender : Ton père était kabyle. As-tu parfois subi un certain racisme ? En tout cas, ce sujet n’apparaît pas dans ton répertoire.

Dany Boon : C’est vrai, je me suis souvent battu contre ça. Je suis allé en Algérie, en vacances, mais je ne parle pas arabe. Je suis métis, mais mes racines, c’est le Nord. On mangeait bien des couscous le dimanche, mais la semaine, c’était des frites. J’ai donc mangé plus de frites que de couscous !

Isabelle Ellender : Comment expliques-tu la pléthore de comiques actuelle ? Est-ce dû à la crise ?

Dany Boon : C’est surtout qu’avant, on voyait peu de comiques à la télé. Et puis, ils se sont rendus compte que ça faisait de l’audience. Toujours ce p… d’audimat ! Je ne crois pas que la crise y soit pour quelque chose, on n’est pas trop à plaindre, on est un pays riche. Alors qu’au Gabon – je viens d’aller là-bas pour un film – c’est terrible ! J’ai vu les lépreux de l’hôpital Schweitzer…

Isabelle Ellender : Comment situer ton comique par rapport aux autres ?

Dany Boon : Je pars du texte mais je suis très physique. Pour moi, c’est naturel de bouger autant… Par rapport aux autres ?… Raymond Devos est venu me voir un jour. Il m’a dit qu’il pouvait partir tranquille, que la relève était assurée. Ca m’a fait un de ces plaisirs… ! Tu te rends compte, j’avais étudié ses textes à l’école ! Je me suis dit que je pouvais peut-être arrêter là.



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