Interview de Dany Boon
pour Nord Eclair
(Dimanche 17 mars 1996)

Dany Boon était dimanche au théâtre d'Anzin pour un unique spectacle dans le Valenciennois. Nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec lui après son spectacle. Comme d’habitude avec des personnes qui en public font rire, on parle sérieusement. Comme si enfin le masque du comique tombait. La conversation hilarante à laquelle on s’attendait, tourne à la confidence. Malgré son succès immense, Dany reste sobre dans l’entretien. Confidences d’un enfant du pays.


Nord Eclair : Comment êtes-vous arrivé dans le spectacle ?

Dany Boon : Après les études aux Beaux-Arts et des emplois dans le graphisme et dessins animés. J’ai débarqué à Paris pour faire du spectacle. Au début j’ai un peu galéré, puis après j’ai écrit des sketches. Je me suis trouvé une scène ouverte au café de la Gare où on passait 5 minutes devant le public. Cette expérience a bien marché et m’a encouragé à continuer dans cette voie. En 1992, j’ai fait le théâtre Trévise au Movies. En 1993, le Lucernaire. J’ai gagné des festivals. Ensuite j’ai rencontré Patrick Sébastien qui m’a produit pendant un an. En 1994, j’ai fait le Tristan Bernard. Je me suis séparé de Patrick et maintenant je suis avec Jimmy Lévy. En 1995, les portes du Palais des Glaces s’ouvrent à moi. En 1996, la tournée à l’Olympia. En fait ç’est allé vachement vite, puisque je jouais 4 à 5 mois dans les théâtres et 6 mois au Palais des Glaces et l’Olympia s’est prolongé jusqu’en avril. Je suis content puisque les gens sont venus rapidement. En fait, il y a eu un bon bouche à oreille sur mon spectacle. A Cannes, en juin 1994, il est acclamé debout par une salle archi comble et un parterre d’artistes.

Nord Eclair : Le spectacle de ce soir, est-ce pour tester la scène avant l’Olympia en avril ?

Dany Boon : J’y ai déjà joué, on fait rarement un nouveau spectacle pour l’Olympia. J’ai commencé au Palais des Glaces, vu que le spectacle a bien marché, c’était d’un seul coup aller dans cet endroit mythique et très beau, et où les gens sont contents d’aller. Je suis très heureux d’ailleurs d’y être. Il faut savoir par exemple que quand le rideau tombe, il y a quelqu’un qui me pousse sur scène, qui est là depuis toujours. A l’Olympia, c’est le même qui a poussé Jacques Brel, Georges Brassens, des artistes hallucinants. Pour moi, c’est très émouvant d’y passer.

Nord Eclair : Quelles sont vos sources d’inspirations ?

Dany Boon : La musculation, le concept d’assistante sociale, le suicide, le combat contre la déprime, l’argent, l’armée.

Nord Eclair : Ces choses graves, vous les évoquez avec humour ?

Dany Boon : C’est un spectacle drôle, on rit tout le temps, j’aime bien faire rire avec des sujets graves. Cela dédramatise les problèmes de la vie. Tout tourne en dérision et je suis fier de faire rire les gens en abordant ces sujets.

Nord Eclair : Aimez-vous la musique ?

Dany Boon : J’aime la musique depuis toujours.

Nord Eclair : Pourquoi parodiez-vous certains musiciens ?

Dany Boon : Je me moque gentiment, c’est uniquement parce que j’aime bien chanter et que je ne peux le faire sérieusement, ce n’est pas possible, c’est toujours pour faire rire.

Nord Eclair : Et les sportifs ?

Dany Boon : J’aime beaucoup les sportifs, je suis sportif puisque le spectacle est un sport. En plus depuis dix ans, je fais de la natation quand je suis chez moi, à Armentières.

Nord Eclair : Pourquoi n’imitez-vous pas les hommes politiques ?

Dany Boon : Je n’en connais pas, la télé et les Guignols s’en occupent. Si les gens regardent ça à la télé, ils ne la quittent pas pour aller voir la même chose dans un spectacle. Il faut leur montrer quelque chose de différent, un univers différent.

Nord Eclair : Pourquoi avez-vous toujours votre mère à la bouche ?

Dany Boon : Ma mère ! (rire aux éclats) : je suis très attaché à ma mère. Elle est plus proche de moi. Il y a une grande complicité depuis toujours et c’est surtout Michel Drucker qui m’a lancé là dessus en parlant d’elle, alors à chaque fois que je passe à la télé, je lui lance des messages et un petit clin d’œil. Ca m’amuse plutôt que d’aller à la télé faire ma promotion. Alors quand on peut se marrer en faisant des blagues à ma mère, j’adore, d’autant plus que c’est elle qui m’a aussi lancé en me disant : « si tu vois Dave, demande lui un autographe, tu diras bonjour à Michel Drucker ». Ma mère est comme ça, elle aime Michel Drucker, Dave et adore Michel Boujenah.

Nord Eclair : Comment sont vos rapports avec Boujenah ?

Dany Boon : On est très bon copains, très proches, on s’aime beaucoup.

Nord Eclair : Travaillez-vous votre voix ?

Dany Boon : Ma voix bouge beaucoup. Je suis comme ça depuis qu’elle a mué, quand j’avais 14-15 ans. J’ai eu la voix assez grave très vite, je la module naturellement. Je ne l’ai pas travaillé spécialement et maintenant en jouant tous les jours, elle est plus solide. Avant, après les spectacles, j’étais vidé, très fatigué et j’avais la voix cassée. Là, je suis très fatigué et ma voix est intacte.

Nord Eclair : Etes-vous sérieux dans la vie ?

Dany Boon : Je ne suis pas sérieux dans la vie. C’est le reproche qu’on me fait. Je me fous un peu de tout, mais pas des gens. Je suis très affectif dans ma vie, très passionné par mon entourage. J’adore la gentillesse car pour moi, c’est très important. Je trouve que dans la gentillesse se côtoient la générosité, l’écoute, la spontanéité, sans arrière pensée. Je suis très sensible aux rapports humains. Après le reste, ce qui est matériel, je m’en fous un peu. Je ne suis pas quelqu’un qui range. L’argent, je suis content de l’avoir maintenant, je n’en ai pas eu pendant très très longtemps. Je m’en fous et je suis content qu’il y ait des gens qui s’en occupent pour moi.

Nord Eclair : Vos rapports avec votre équipe ?

Dany Boon : Il y a une grande complicité, c’est l’essentiel, on s’amuse beaucoup, on rit, en tournée, on fait des kilomètres, c’est fatiguant. Je les vois en dehors du travail et à volonté. L’ambiance est formidable.

Nord Eclair : Que pensez-vous du monde du show business ?

Dany Boon : Je ne sors pas beaucoup. J’aime pas sortir en boite, j’aime pas les repas branchés du show business. Je préfère rester chez moi, tranquille, faire ma musique, mes dessins. J’aime bien me retrouver avec les copains, pas pour aller en boite où on ne s’entend pas parler, je préfère qu’on parle chez moi ou chez les copains, qu’on se fasse des fêtes en organisant tout nous-mêmes.

Nord Eclair : Comment trouvez-vous le public d’aujourd’hui à celui de Paris ?

Dany Boon : Il n’y a pas tellement de comparaisons à faire, comme je le disais, les spectacles marchent bien partout, mais dans le Nord, les gens applaudissent au début comme si c’était la fin. Je suis fier de faire ce cadeau aux gens et d’abuser un peu de l’accent du Nord. En tout cas, je suis content d’être en contact avec les gens qui m’ont inspiré quand j’étais enfant. Il y a une chaleur fabuleuse là-dedans. A l’Olympia où j’ai joué une semaine, c’était la folie furieuse ! C’était extraordinaire ! Mais aujourd’hui à Anzin, c’est différent, c’est quelque chose qui est plus proche du cœur. Il y a des artistes qui disent : « j’adore aller jouer dans le Nord parce que c’est chaleureux ». Pour moi il est mille fois plus chaleureux, je suis l’enfant du Pays.



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