Reportage "On se lève tous pour Dany !"
Par François Dottange
Pour Télé K7
(avril 1996)
Invité exceptionnel de « Télé K7 » : Dany Boon, humoriste natif du plat pays, pivot des « zacros de la télé » dans « Les enfants de la télé » sur France 2, et dessinateur à ses heures. Le roi du rire se produira bientôt à l’Olympia et sa cassette des « Zacros » risque fort de faire des vagues dans l’univers de la vidéo. Notre reporter l’a suivi dans sa tournée.
« C’est celui qu’on a vu à la télé et qui criait dans les oreilles de Vanessa Demouy. » Dany Boon vient d’être reconnu dans une rue de Roubaix par une petite fille. Son bel organe vocal, d’une gravité rare, ne lui sert pas qu’à hurler des pitreries dans les karaokés d’Arthur. Il est l’instrument de travail de sa tournée, qui s’arrête aujourd’hui dans son Nord natal.
Daniel Hamidou, dit Dany Boon en référence au héros de la série télévisée Daniel Boone, est un gars d’Armentières. Ancien élève au collège Saint-Luc, dans la section Arts Graphiques, et titulaire d’un C.A.P. photo, il demeure très attaché aux gens de sa région, et pour cause :
« Mon père a été vachement bien accueilli dans le Nord, quand il est venu de Kabylie. Il est arrivé en 1948 comme boxeur professionnel, a épousé une Française et est devenu chauffeur poids lourds. C’est rigolo parce que moi aussi maintenant, je passe mon temps sur les routes. Quand on est gamin et que son père a un énorme camion, alors que les pères des copains ont juste une voiture, c’est vachement gratifiant. Il m’emmenait parfois en balade dans toute la France. Mon père était quelqu’un de généreux et de très ouvert. Et de très dur, surtout avec lui. »
Très tôt, il commence à observer les comportements, à imiter pour faire rire :
« Mon grand panard à 4 ans, c’était d’attendre un silence dans un bistrot ou un repas de famille, et de reprendre une phrase que quelqu’un venait de dire avec un fort accent du Nord, genre « Je suis tout à fait d’accord avec vous. »
Si le ch’ti provoque aujourd’hui un raz-de-marée de rire dès ses premières répliques sur une scène de Roubaix, rien ne le prédisposait à une telle carrière.
« Ma passion pour le théâtre et le dessin est très bizarre. Mes parents ne sortaient pas, il n’y avait que la télé à la maison. J’ai découvert le cinéma et la piscine très tard. La première fois que je suis allé au restaurant, j’étais majeur. J’ai joué avant d’aller au théâtre. »
CHEVALIER D’ARTHUR
A Armentières, il rencontre Tof Herbeth, un des futurs comédiens des Zacros. Quand son ami d’enfance monte à Paris et devient assistant-réalisateur de dessins animés, il part le rejoindre pour travailler dans les cartoons. Sa véritable vocation demeure ailleurs :
« je fantasmais sur les colonnes Morris. Je ne voulais pas jouer dans un théâtre, je voulais juste mettre une photo de moi sur une colonne Morris pour pouvoir la montrer à ma mère ! » Richard Kalfa, qui dirige le café-théâtre Le Movie’s, lui donne sa chance. Sylvie Joly le repère, Thierry Joly, son frère, coécrit ses textes.
« C’est quelqu’un qui pendant trois ans m’a montré le chemin et qui d’un coup est parti, emporté par la maladie. C’était mon ami et mon père, il symbolisait beaucoup de choses pour moi, j’ai pris une baffe monumentale. Et très bizarrement, c’est au moment où il a disparu que le public a commencé à venir. C’était la période de tous les excès, j’étais très malheureux de la mort de Thierry et très heureux de l’accueil reçu par le spectacle. Ce qui fait que je n’ai pas eu l’occasion de prendre la grosse tête. »
Lors d’une émission des Enfants de la télé, Arthur lui propose de devenir l’un de ses chevaliers. La saga des Zacros de la télé va naître. Une autre ch’ti, Valérie Bonneton, est alors réquisitionnée. Il a joué avec elle une pièce, La la love you, au Berry-Zèbre il y a cinq ans. Et « La » Bonneton, comme l’équipe l’appelle, en plus d’être une actrice de talent, est étourdie au point de souvent rentrer dans le champ de la caméra pendant le tournage… Les deux premiers épisodes sont tournés chez la mère, puis chez la grand-mère de Dany Boon. En le voyant s’agiter cette fois devant une caméra, la matriarche lui lance : « Jamais t’arrêteras de faire le zouave ! » Le comble pour un Kabyle, non ?
Tandis que Valérie Bonneton s’apprête à tourner dans le prochain film de Marion Vernoux et que Tof monte son premier long métrage, une deuxième cassette des Zacros est d’ores et déjà en projet. Dans son emploi du temps chargé, Dany Boon ne pourra que tenir un rôle plus petit que prévu dans Oui d’Alexandre Jardin, celui d’un aristo décadent. Sa tournée se termine en décembre, mais le spectacle n’a pas encore fini d’évoluer puisqu’il continue chaque soir à improviser des choses sur scène, qu’il garde parfois définitivement. Si vous l’avez déjà découvert, retournez le voir. Pour le plaisir avec Dany Boon, deux précautions valent mieux qu’une.