Les humains me font rire
pour Le Matin
Par Eva Grau
(Jeudi 12 juin 2003)
Pour fêter ses dix ans de carrière, l'humoriste «chti» crée un nouveau one-man-show à découvrir ce soir au Théâtre de Beausobre, à Morges.
Dany Boon fête ses dix ans. De carrière, s'entend. Pour célébrer l'événement, l'humoriste «chti» s'est offert le cadeau idéal: il s'est écrit un nouveau one-man-show, qui ouvrira ce soir la 15e édition de Morges-sous-Rire. Un spectacle où, avec la tendresse et l'accent du nord de la France qui lui sont coutumiers, Dany Boon fait un travelling arrière sur les moments qui ont marqué son enfance, sur sa mère et sur ces fichus K-Way qu'on n'arrivait jamais à enfiler... Séquence souvenir.
Eva Grau : Ce nouveau spectacle marque vos dix ans de carrière. Au cours de cette décennie, votre humour a-t-il changé?
Dany Boon : Il a évolué avec le temps et l'âge. Il y a dix ans, j'angoissais, car je ne savais pas s'il y aurait du monde dans la salle ou si les gens n'allaient pas me regarder comme une bête curieuse, vu que je parlais de sujets assez graves. Aujourd'hui, je suis rassuré. Mes personnages sont aussi plus légers, il y a plus de musique dans mes spectacles, je joue du piano, je chante et je fais des acrobaties. Je suis de la famille du music-hall. Mes pères sont Jacques Tati, Raymond Devos.
Eva Grau : Monter sur scène vous demande-t-il encore un gros effort?
Dany Boon : Mon trac est toujours aussi fort, mais il est plus condensé. Avant, j'angoissais quinze jours avant de jouer. Maintenant, c'est seulement quand j'arrive dans la salle et que je fais le tour de la scène. Mon truc, c'est de dormir avant de jouer. Tous les soirs, je dors entre dix minutes et trois quarts d'heure avant le spectacle. Je me concentre, je m'endors et je me réveille vingt minutes avant de monter sur scène. Ça me fait beaucoup de bien. En me réveillant, j'ai l'impression que c'est un jour nouveau. Tout ce qui s'est passé dans la journée est effacé.
Eva Grau : Avez-vous déjà eu le sentiment de ne plus rien avoir à dire?
Dany Boon : Non. J'ai des moments de doute à chaque fois que je démarre un nouveau spectacle. Quand on écrit un one-man-show, c'est comme si on écrivait un dialogue mais sans les répliques de l'autre, c'est-à-dire les rires du public. C'est très délicat, car on ne sait jamais comment on va être perçu. Bien sûr, je fais beaucoup de lectures et j'emmerde les gens autour de moi. Au bout d'un moment, ils n'en peuvent plus parce que je suis assez obsessionnel dans le travail.
Eva Grau : Où puisez-vous vos idées?
Dany Boon : Je suis tout le temps dans la lune, à côté de mes chaussures. Du coup, j'observe beaucoup ce qui se passe autour de moi. L'être humain, en général, me fait rire. Je joue parfois des personnages très bêtes et stupides, mais il faut toujours qu'ils soient excusables. Cette façon de penser est d'ailleurs typique du nord de la France, région d'où je viens et où les gens sont très doux, très accueillants. Je n'aime pas la méchanceté gratuite.