Dany Boon joue à domicile
par Yannick BOUCHER
pour La Voix Du Nord
(2003)
Il a fêté ses dix ans de scène sur celle du Sébastopol à Lille. Deux soirs de folie à ch'baraque et un entretien émouvant, dans la loge d'un artiste fatigué mais heureux. Notre grand comqiue entame une série de spectacles inédits dans la région, salles combles pour honorer dix grandes années de carrières.
Yannick BOUCHER : Dany votre premier public est celui du Nord à qui vous rendez hommage avec un spectacle 100% ch'ti.Qu'avez-vous ressenti lorsqu'en entrant en scène les gens ont scnadé votre nom dans une clameur interminable?
Dany Boon : C'était très fort. Trop fort. Ca m'a rappellé la fois où, au Colisée de ROUBAIX, le public a fait une ola avant que j'aie pu prononcer le premier mot.Vraiment, croyez moi, j'ai du mal à imaginer que le succès dure déjà dix ans. Moi qui voulait faire le comique professionnel depuis l'âge de dix ans, moi qui, imitais les adultes chez moi, à Armentières.
Yannick BOUCHER : Comment vous est venue l'idée de faire un spectacle en ch'ti et pour les Ch'tis?
Dany Boon : c'est venu en jouant à Lille. Je ne voulais pas d'une cérémonie anniversaire en paillettes avec plein de vedettes etc... Je voulais quelque chose de simple et surtout rendre hommage à tous ces gens formidables qui restent ma principale source d'inspiration.
Yannick BOUCHER : Vos histoires sont-elles toujours tirées de faits réels, d'histoires vécues ?
Dany Boon : A de rares exceptions près oui. Vous savez pour faire rire, on ne doit pas fabriquer. Je force un peu dans la caricature, bien sûr, mais j'ai toujours besoin d'excuser mes personnages.Leur bêtise disproportionnée est sauvée par la tendresse qu'on finit par éprouver pour ces "babaches" qu'on aime dépeindre. Un seul exemple, pour les connaisseurs, avec Jeanninne quand elle avoue dans un repas de famille qu'elle n'a jamais joui. C'est dur, c'est horrible pour son mari. Lui, il est très bête, il n'a rien compris il se jette sur elle pour la faire jouir. Elle lui dit qu'un petit massage suffirait par exemple... Il lui répond qu'il est pas kiné... Horrible. Jusqu'à ce qu'il se retrouve tout seul à la maison sans Jeanninne.Là, tout change. Il ne sait pas comment remplir le frigo. Il croyait que tout arrivait tout seul, par derrière. Il devient touchant, il y a ce côté enfantin qui cherche finalement sa mère. Et là, croyez moi, on finit par aimer le personnage
Yannick BOUCHER : Pensez-vous pouvoir jouer votre spectacle ch'ti dans d'autres régions de France?
Dany Boon : Pourquoi pas? Certains sketches sont facilement transposables, comme celui du K-Way par exemple. On a tous été traumatisés par les K-Way.J'ai écrit ce sketch la semaine dernière, c'est complétement nouveau.Avec l'expérience, on sait si le public va répondre, ou non.
Yannick BOUCHER : On parle un peu de vos projets ?
Dany Boon : C'est un nouveau spectacle à l'Olympia fin 2003- début 2004. C 'est aussi une pièce de théâtre que j'ai écrite, que je réalise et dans laquelle je joue!( Je place aussi les gens et je retapisse le théâtre du Gymnase à Paris!).Cela s'appelle La vie de Chantier et c'est très drôle. J'ai enfin accepté un très beau rôle de soldat ch'ti pendant la guerre de 14 pour Joyeux Noël, le prochain film de Christian CARION (Une Hirondelle a fait le printemps). Il était mardi soir dans la salle, son scénario est formidable. Il a écrit ce rôle pour moi, en plus! Il voulait un grand blond aux oreilles décollées. Je me suis faché. Je lui ai dit que je n'étais pas grand!
Yannick BOUCHER : Et Armentières ?
Dany Boon : Ca reste fondamental. Quand je fais visiter à mes amis parisiens ma rue et ma maison rue Blaise Pascal, où j'ai grandi, ils n'en reviennent pas de me voir si ému. Mon quartier, il est si biau! Avec ses plaques d'égout, ses maisons collées, ses jardins potagers, son terrain vague. Que de souvenirs! Et la Station SHELL de mes grands parents sur la route de Nieppe.
Yannick BOUCHER : Et la fricadelle ?
Dany Boon : C'est super bon! T'en as jamais mangé ti' z'ot?
Yannick BOUCHER : Et Deconinck ?
Dany Boon : Vous voulez des nouvelles? Il a ouvert une pizzeria à la Chapelle-d'Armentières! Véridique!