"Je veux amuser en m'amusant"
par Sébastien ZICKGRAF
pour Le Télégramme
(Samedi 9 avril 2005)
Valeur sûre de la scène comique française, Dany Boon débarque en Bretagne pour trois représentations de son nouveau spectacle. Plus de dix ans après « Je vais bien, tout va bien ! », la réplique qui a contribué à son succès, le chti d’Armentières, passé maître dans l’incarnation de personnages burlesques et déjantés, présentera à Morlaix, Quimper et Vannes son nouveau spectacle, « Waïka ! »
S.Z. : D ’où est venue cette idée de faire un sketch sur le K-Way (Waïka, en verlan) ?
Dany Boon : J’ai été traumatisé par le K-Way dans mon enfance ! J’en ai parlé sur scène il y a deux ans, et je me suis rendu compte que les gens avaient subi le même traumatisme que moi. Quels que soient la classe sociale, l’âge ou le sexe, ça concerne tout le monde. Et ce qui, en plus, est intéressant pour moi, c’est que le K-Way devient un élément clownesque. Je m’amuse avec, non seulement en en parlant mais aussi en jouant avec sur scène, je fais un défilé de K-Way…
S.Z. : Le K-Way, un sketch sur La Poste… Vous aimez parler de choses qui touchent tout le monde…
Dany Boon : Oui, mais après il y a la façon de traiter le sujet. Le sketch sur La Poste par exemple, ça m’est venu en constatant tout simplement les problèmes de queue ou de compréhension avec le préposé. Quand on veut faire rire, c’est très important que les gens se reconnaissent, et rient d’eux-mêmes, finalement. L’angle d’attaque, aussi, est fondamental. Je pousse à l’absurde les situations réelles. Parce que La Poste, en soi, c’est pas spécialement drôle.
S.Z. : Le succès grandissant, vous vous êtes diversifié, dans le cinéma et le théâtre notamment. Quelle place occupe encore le one-man-show par rapports à vos débuts ?
Dany Boon : C’est la base, ce par quoi je suis arrivé. Et c’est enrichissant de faire autre chose. En ce qui concerne ma pièce (« La vie de chantier »), ce qui était intéressant c’est que mes mots soient dits par quelqu’un d’autre et fassent rire. C’est quelque chose qui m’a surpris, et dont j’étais très content.
S.Z. : Après douze ans de carrière, qu’est-ce qui vous fait avancer aujourd’hui ?
Dany Boon: D’abord, faire rire mes proches. Ma femme, par exemple, mais c’est pas facile… (rires). En fait, j’aime faire rire depuis que je suis enfant. Je veux amuser en m’amusant. Beaucoup d’observation, d’écoute et de travail, c’est important pour proposer un spectacle au public. D’ailleurs, je suis toujours impressionné par tous ces gens qui achètent des places, se déplacent… C’est très angoissant pour moi, chaque soir est une croisade ! Mais en même temps ça me pousse à inventer plus, à aller plus loin dans le délire et l’absurde. Quand on fait rire, il faut être d’une grande sincérité, il faut parler de soi, et je n’ai aucun mal à me moquer de moi-même. J’adore me tourner en dérision.
S.Z. : Venir en Bretagne faire un spectacle sur un vêtement de… pluie, il y a un message caché ?
Dany Boon : (Rires). Dans le Nord aussi on se fait critiquer, on a à peu près le même temps ! La mer aussi y est gris-marron… La différence, c’est que vous avez plus de touristes, et que les Anglais sont en train de racheter toute la Bretagne !
S.Z. : Pour finir, que pourriez-vous dire aux lecteurs du Télégramme pour leur donner envie de venir vous voir ?
Dany Boon : Ben… je ne sais pas trop, mais en tout cas je suis ravi de revenir en Bretagne. J’en ai un souvenir très précis d’ailleurs : un jour je m’étais tellement baladé sur une plage de galets, que le soir sur scène je m’étais cassé le ménisque ! Parce que sur les galets, le pied n’est pas droit…